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L’affaire

Le livre qu’on ne pouvait pas publier.

De novembre 1990 à avril 2000 : chronologie de l’annulation, du boycott et du renversement.

C’est l’épisode le plus documenté de sa carrière, et le plus souvent mal raconté. Le roman n’a pas été interdit : il a été lâché par son éditeur quatre mois avant sa parution, repris deux jours plus tard, condamné dans la presse trois mois avant que quiconque puisse le lire, puis réhabilité neuf ans après par un film. Ellis a été payé deux fois pour lui.

Chaque entrée nomme l’organe et la date d’où elle provient. Là où seuls des récits postérieurs existent, c’est ce qui est écrit, plutôt qu’une fausse précision.
1990

Simon & Schuster contracte le roman pour une parution en mars 1991, avec un à-valoir rapporté à trois cent mille dollars.

Presse d'époque, reprise par The New Republic

automne 1990

Des extraits circulent. Dans la maison, le personnel proteste ; le directeur artistique refuse de dessiner une couverture ; Penguin abandonne les droits de poche.

The New Republic

15 novembre 1990

Simon & Schuster annule le livre quatre mois avant sa parution, en invoquant des divergences esthétiques. Ellis conserve l'à-valoir.

The Washington Post, « Publisher Cancels Lurid Novel », 15 novembre 1990

novembre 1990

Deux jours plus tard, Vintage Books le reprend, sur décision de Sonny Mehta, pour un montant rapporté de trois cent cinquante mille dollars. Ellis est payé deux fois pour le même livre.

Presse d'époque, reprise par The New Republic

16 décembre 1990

Trois mois avant que quiconque puisse le lire, Roger Rosenblatt démolit le roman dans le New York Times et approuve son annulation : le journal qu'aurait tenu Dorian Gray s'il avait été lycéen.

Roger Rosenblatt, The New York Times, 16 décembre 1990

6 mars 1991

Vintage publie le roman directement en poche, 399 pages.

Notice bibliographique de l'édition

1991

La National Organization for Women appelle au boycott. Gloria Steinem s'oppose au livre pour sa représentation de la violence faite aux femmes. Ellis reçoit des menaces de mort et du courrier haineux.

Presse d'époque

17 mars 1991

Henry Bean donne au roman ce qu'Ellis a appelé la seule bonne critique de la presse nationale. Le Los Angeles Times publie en retour trois pages de résiliations d'abonnement.

Henry Bean, Los Angeles Times, 17 mars 1991

1991 – 1999

Le livre est encadré plutôt qu'interdit : classé R18 et vendu sous film plastique en Australie, R18 en Nouvelle-Zélande, jugé nuisible aux mineurs en Allemagne de 1995 à 2000. Aux États-Unis, c'est le cinquante-troisième livre le plus contesté de la décennie.

American Library Association, palmarès 1990-1999

2000

Le film de Mary Harron lit le roman comme une comédie. Le livre qu'on ne pouvait pas publier devient celui que tout le monde cite, et se lit ainsi depuis.

Réception du film, avril 2000

La scène des cartes

Trois cartes, un après-midi.

Avant le moindre meurtre, le roman s’arrête une page entière pendant que quatre hommes comparent leurs cartes de visite. C’est le livre en miniature : des hommes qu’on ne distingue pas les uns des autres, en train de se disputer sur du papier et des caractères. Tout est visuel de substitution sur ce site, alors les spécimens ci-dessous le sont aussi. Les mots sont ceux du roman, cités dans la langue d’origine. Le papier n’est pas une reproduction.

Patrick Bateman
the lettering is something called Silian Rail
David Van Patten
Eggshell with Romalian type
Montgomery
Raised lettering, pale nimbus white

American Psycho, la scène des cartes. Les trois descriptions sont relevées sur le texte numérisé, pas sur un site de citations.

La carte que tout le monde connaît, avec son adresse d’Exchange Place et son numéro de télex, est l’accessoire du film de 2000. Le roman ne donne pas d’adresse : il donne du papier et des caractères. L’édition française laisse le caractère tel quel : « Quant au caractère, il s’appelle “Silian Rail”. »